- Auteur Danielle Dufour-Verna
- Temps de lecture 9 min
Spectacle musical à Cannes : « Ludwig van… », une traversée des sens avec l’Orchestre national et Beethoven
Et si Beethoven vous apprenait à écouter autrement ? « Ludwig van… » invite à réinventer l’écoute de Beethoven : musique, théâtre et Langue des signes se mêlent pour transformer la surdité en une force créatrice et célébrer la différence et l’humanité. Un spectacle musical le samedi 17 janvier à l’Auditorium des Arlucs, Cannes la Bocca.

L’Orchestre national de Cannes, dirigé par Félix Benati, présente « Ludwig van ». Un spectacle musical écrit et mis en scène par Géraldine Aliberti-Ivanez en collaboration avec le comédien Jean Christophe Quenon, qui nous invite à plonger dans le silence créateur du génie de Beethoven à travers les yeux d’un gardien de phare.
Un concert de musique classique pour tous, pour découvrir Beethoven autrement, le samedi 17 janvier 2026 à 19h30, à l'Auditorium des Arlucs, à Cannes la Bocca, dans les Alpes-Maritimes.
Ludwig van... Spectacle musical - Orchestre national de Cannes
Et si Beethoven vous apprenait à écouter autrement ?
Trois phrases donnent le ton de ce spectacle musical, humaniste et essentiel :
« Est-ce que les sourds ne nous apprendraient pas non plus à nous entendre ? »
« C’est un spectacle sur la surdité pour des personnes entendantes. La solution pour qu’on fasse société ensemble serait qu’on parle, tous, la langue des signes. »
« Beethoven nous aide à ouvrir notre sensibilité et nous porte vers l’altérité et la différence car la différence est une richesse, pas une entrave. »

Ludwig van... Spectacle musical - Orchestre national de Cannes
Rencontre avec Géraldine Alberti-Ivanez, à l'origine du projet
Le phare, métaphore de la surdité et de l’isolement de Beethoven
Votre projet propose un nouveau regard sur le génie de Beethoven, en l’inscrivant dans le huis clos d’un phare. Faut-il y voir une allégorie de sa condition : isolé dans le silence, mais porteur d’une lumière intérieure qui continue d’éclairer le monde ?
Géraldine Alberti-Ivanez : Aussi, mais quand on perd l’ouïe, on se sent enfermé dans son corps ; on est emprisonné dans son corps, on entend tout ce qui se passe à l’intérieur. Quand Beethoven n’a plus entendu, il est resté enfermé en lui-même. Comme dans un phare on est totalement enfermé et coupé du monde, c’est une belle allégorie de la surdité face à l’humanité avec laquelle on n’arrive plus à communiquer.
C’est en fait le double du compositeur…
Géraldine Alberti-Ivanez : Oui, l’idée du phare c’est l’idée d’avoir un Beethoven qui est quand-même hyper écouté encore aujourd’hui, qui nous sert d’humanité, qui nous sert de symbole européen à travers ‘l’Ode à la Joie’. On essaie de s’entendre entre pays européens puisque c’est notre hymne européen alors qu’on a choisi un compositeur sourd.
En fait, comment on fait, nous Européens, pour s’entendre avec l’œuvre d’un sourd. Une question que je pose dans le spectacle, qu’est-ce que c’est que, déjà, ENTENDRE, qu’est-ce que c’est, S’ENTENDRE ? Donc, est-ce que les sourds ne nous apprendraient pas non plus à nous entendre ?
L’Orchestre national de Cannes comme hallucination sonore
Dans ce projet, l’Orchestre national de Cannes devient un véritable protagoniste sur scène. Comment avez-vous pensé cette fusion afin que la masse symphonique dialogue avec le texte sans jamais l’étouffer ?
Géraldine Alberti-Ivanez : On est avec un gardien de phare complètement fou des symphonies de Beethoven et qui a besoin de cette musique, quand-même un peu violente, pour passer outre la violence de la mer. Dans un phare, on a ce qu’on appelle le mal du phare. Les gardiens de phare avaient ce qu’on appelle des hallucinations sonores. Cet orchestre qui est là avec lui, c’est son illusion sonore. Avec autour de lui seulement la mer, le vent, les tempêtes, il imagine que tout cela est un orchestre.
L’orchestre est donc une sorte de paysage mental ?
C’est vraiment son hallucination sonore.
Une mise en scène de l’inouï et des hallucinations sensorielles
Le génie de Beethoven réside dans sa capacité à concevoir l'inouï au milieu du néant sonore. Par quels procédés de mise en scène parvenez-vous à donner corps à cette "musique de l'esprit", à ce qui n'existe alors que dans l'abstraction de sa pensée ?
On est sans cesse confronté, au plateau, entre les sons extérieurs, la mer, la tempête, les oiseaux et la musique intérieure. En fait, ce gardien de phare est en plein délire, il a des tas d’hallucinations sonores et visuelles.
Est-ce que vous utilisez des outils visuels spécifiques ?
Oui. A partir du milieu du spectacle, le gardien de phare perd l’ouïe. Dans un phare, le son rend complètement ivre. Un phare, ça tremble. Il peut y avoir de la vaisselle qui se casse. A côté du piano du gardien de phare, il y a le portrait de sa femme. Au moment où il perd l’ouïe, ce portrait va commencer à lui parler, en langue des signes. Lui ne la comprend pas. Comme Beethoven d’ailleurs. Se rajoutent, aux hallucinations sonores, cette hallucination visuelle.

La mise en scène de l’écoute : le chansigne comme "autre point d’ouïe"
L’intégration du chansigne par Marie Lemot dépasse la simple question de l'accessibilité. Comment cette grammaire du corps et des mains vient-elle sculpter l'espace sonore et offrir, selon vos mots, un "autre point d'ouïe" au spectateur entendant ? »
Le chansigne apparait parce que notre hymne européen n’a plus de paroles. Le gardien de phare dit à Beethoven : ‘il faut que tu saches ce que ta musique est devenue après toi, après ta mort. En fait ta musique est utilisée par les partis d’extrême droite, elle est utilisée dans les publicités, dans plein de documentaires, partout et, en plus, elle est utilisée comme hymne européen. Quand l’Otan l’a proposé à l’Europe, ils ont trouvé les paroles beaucoup trop humanistes et fraternelles pour être représentatives de notre Europe, alors que les valeurs de l’Europe ce sont la liberté d’expression, la démocratie et la fraternité, mais une fraternité entre les pays européens, pas vers l’extérieur du monde. Les paroles ont donc été supprimées pour cette raison et pour la raison supplémentaire que nous avons 27 langues en Europe. Nous avons donc aujourd’hui un hymne européen sans parole. C’est donc un hymne qui ne peut pas fédérer. Je propose du chansigne comme solution. Pour la compréhension, on fait des ateliers où tous apprennent le chansigne.
C’est un spectacle sur la surdité pour des personnes entendantes. La solution pour qu’on fasse société ensemble serait qu’on parle, tous, la langue des signes.
L’Ode à la Joie, un hymne à l’altérité
Votre compagnie interroge sans cesse notre rapport à l'altérité. Au-delà de l'hommage historique, ce spectacle est-il une manière de revendiquer une place centrale pour la différence dans nos institutions culturelles les plus prestigieuses ? »
Oui, bien sûr. Au plateau, j’essaie d’évoquer différents points de vue et différents points d’ouïe avec le langage labial, la langue des signes, le langage de la musique et un langage téléphonique à un moment où on ne comprend plus du tout ce qu’il dit lorsqu’il appelle sa femme. J’essaie de mettre en application les différents degrés de lecture qu’on peut avoir quand on communique les uns avec les autres. La fin du spectacle propose aussi une sorte d’hymne d’Ode à la joie écrite et interprétée par des voix d’enfants différentes, en italien, en espagnol, en dialecte du Gabon, en grec, en coréen, en Arabe littéraire, en hébreu, en français… L’idée est que Beethoven nous aide à ouvrir notre sensibilité et nous porte vers l’altérité et la différence et que la différence est une richesse, pas une entrave. L’exposition montre bien cela.
La joie comme langage universel
On connaît la trajectoire de Beethoven, de la tragédie de la surdité au triomphe de la Neuvième Symphonie. Quel sentiment profond souhaitez-vous transmettre au public de Cannes lorsque le phare s’éteint et que la musique s’arrête ?
Le spectacle se termine par les langues du monde entier, et une Ode à la joie avec un texte de Damasio qui dit « Il n’y a rien de plus révolutionnaire que la joie ; aller à la rencontre d’un enfant, d’une femme, d’une falaise, de la mer, d’une musique, d’un livre intranquille. Finalement y-a-t-il qu’une seule révolte en nous contre nos parties mortes, contre nos sensations éteintes. Être du vide, relever du vif. » Ce que j’essaie de démontrer avec ces langues du monde entier, c’est que la différence de culture, de langue, est une richesse extraordinaire dont il ne faut pas se couper. L’intelligence artificielle sera toujours incapable de transcrire le non-dit, entre les lignes, le sous-entendu.
Ce spectacle est profondément humaniste…
Complètement, parce que Beethoven a voulu écrire une œuvre profondément humaniste.
Informations pratiques, réservations, billetterie "Ludwig van" Orchestre national de Cannes
Auditorium des Arlucs
24/26 avenue des Arlucs
06150 Cannes La Bocca
Samedi 17 janvier 2026 à 19:30
Durée : 1h sans entracte
TARIFS
CONCERT SYMPHONIQUE
Tout Public
Hors Abonnement
Plein : 27 €
Abonné Privilège -30% : 19 €
Abo Palais/ONC, Carte liberté et Réduit : 23 €
Jeune -26 ans : 6 €
Pass Famille : 29 €
BILLETTERIE
LES ARTISTES
FÉLIX BENATI : DIRECTION
GÉRALDINE ALIBERTI-IVAÑEZ : TEXTES ET MISE EN SCÈNE
JEAN-CHRISTOPHE QUENON :TEXTES, MISE EN SCÈNE ET COMÉDIEN
MARIE LEMOT : COMÉDIENNE EN LANGUE DES SIGNES
PROGRAMME
Ludwig van, spectacle musical
Pierre Nouvel, vidéaste
Lucas Lelièvre, créateur sonore
Xavier Duthu, créateur lumière
Théo Lavirotte, régisseur
Spectacle en co-production avec la cie VIVANT!e, l’Orchestre national d’Avignon-Provence, l’Opéra de Nice Côte d’Azur et l’Orchestre national de Cannes.
La compagnie VIVANT!e est soutenue par le Ministère de la culture, le Conseil départemental des Alpes-Maritimes, le Conseil régional Provence-Alpes-Côte d’Azur – Carte blanche aux artistes de la Région Sud











